Financement

Qu’est-ce que le cash burn, et comment le gérer sereinement ?

Anglicisme adulé des investisseurs, le cash burn est un indicateur souvent associé au monde des startups. Mais il est aussi un outil très utile dans la gestion de votre trésorerie tout au long de la vie de votre entreprise, quelle que soit sa nature.

Cash-burn : définition

Le cash burn, ou “érosion de capitaux” dans la langue de Molière et plus connu encore sous le terme de burn rate, est une expression de la vitesse à laquelle une entreprise consomme (ou “brûle”) sa trésorerie, indépendamment de l’activité qu’elle génère. Exprimée sur une période donnée, cette valeur est néanmoins souvent associée à un chiffre mensualisé.

Le cash burn se calcule en additionnant l’ensemble des flux de trésorerie (ou cash flow) négatifs sur une période donnée. Puis en divisant par le nombre de mois sur cette période si l’on souhaite ramener la valeur à une mensualité.

On associe communément le Cash Burn aux startups car si c’est un indicateur clé chez les jeunes entreprises tous domaines confondus, il l’est encore plus dans les domaines de la Tech ou du Web. En effet, ces jeunes pousses démarrent souvent leur activité à perte par la nature même de leur modèle. Celui-ci peut nécessiter du temps de Recherche & Développement, de traction en termes de nombre d’utilisateurs ou encore de trafic pour rentabiliser un business model au départ non monétisable (ex : réseaux sociaux). Elles doivent donc vivre un certain temps de leurs propres capitaux ou de fonds investis avant de pénétrer le marché et espérer devenir profitables. Il est alors crucial pour les managers de ce type d’entreprise d’avoir une idée précise du temps qu’il leur reste avant d’avoir consommé toutes les réserves de cash et capitaux propres, et donc de la vitesse à laquelle ils brûlent ces réserves. La fin de cette période est un indicateur du moment où l’entreprise devra soit commencer à générer du profit, soit procéder à une (nouvelle) levée de fonds.

Mais en fait, la gestion du Cash Burn concerne un panel bien plus large de structures, car il permet d’optimiser la stratégie et d’éviter les risques financiers à des moments distincts de la vie d’une entreprise.

Quels sont les avantages à anticiper le cash burn ?

Le calcul du burn rate permet de garder une vision stratégique claire à plusieurs étapes clés de la vie d’une boîte. Voici quelques exemples concrets.

Au démarrage : objectiver la rentabilité

Si nous avons pris l’exemple des startups (Tech, Web…) précédemment, c’est parce qu’elles sont fréquemment associées à une rentabilité tardive. Certaines entreprises – ces fameuses “licornes” – dont la valorisation est aujourd’hui supérieure au milliard de dollars, ont d’ailleurs brûlé énormément de cash avant de devenir profitables (certaines ne le sont toujours pas d’ailleurs…). Il leur est donc indispensable d’anticiper régulièrement les levées de fonds auprès de business angels ou fonds d’investissement, et le calcul du cash burn devient incontournable.

Mais si votre entreprise n’est pas une startup, il n’empêche que vous aurez peut-être besoin d’un laps de temps avant de générer du profit. Il peut s’agir du temps de prototypage d’un produit, du temps commercial pour faire rentrer des prospects et signer vos premiers contrats,…etc.

Pendant cette période, vous aurez mis en place des outils, peut-être embauché des salariés ou initié d’autres actions afin de mener à bien vos objectifs. Tous ces postes de charges récurrents génèrent une trésorerie négative qui constitue le Cash Burn. Connaître la vitesse à laquelle vous consommez ce cash tout en connaissant vos fonds disponibles vous permettra d’objectiver le moment où vous devrez commencer à générer du profit, et combien de profit vous devrez générer pour arriver au point d’équilibre (moment où vos profits annulent vos coûts fixes et variables) : un vrai plus pour construire un business plan solide et avoir une vision précise de votre activité à son démarrage.

En croissance : gérer les investissements

Si votre entreprise est en phase de croissance, des investissements seront sûrement nécessaires afin d’assumer et de soutenir cette croissance. Ces investissements peuvent être matériels ou humains, il n’en reste qu’ils sont vecteurs de charges supplémentaires.

Durant cette phase de vie de votre entreprise, le risque majeur est de perdre de vue votre trésorerie et d’initier des investissements trop lourds qui vont engendrer une baisse trop conséquente de votre cash-flow, et fragiliser votre entreprise. Anticiper le burn rate post-investissements est un excellent moyen de garder une bonne gestion des finances de votre entreprise puisque vous chiffrez les effets concrets de vos investissements. Ainsi, vous maîtriserez le temps que vous vous accordez si les investissements réalisés n’ont pas un ROI (retour sur investissement) instantané. Cette connaissance vous permettra d’aborder des décisions stratégiques plus sereinement, et de mieux maîtriser votre croissance.

En récession : rester calme face à la crise

La période actuelle nous le montre tous les jours : une crise due à des éléments exogènes comme la COVID-19 ne peut être ni anticipée, ni mesurée, ni contrôlée. Et pour ne pas céder à la panique, une bonne maîtrise de vos finances est indispensable.

Le calcul du burn rate vous permet alors deux choses. D’abord de connaître la capacité de “survie” de votre entreprise, et donc de mieux appréhender une situation où le stress peut faire tendre vers de mauvaises décisions stratégiques. Ensuite, le cash burn et plus largement l’analyse de votre trésorerie vous seront utiles pour détailler les postes de charges qui coûtent à votre entreprise en temps de crise, et mettre en place des coupes budgétaires intelligentes qui vous permettront de diminuer ces indicateurs, et donc de mieux faire face tout en évitant les besoins urgents en trésorerie.

Évidemment, ce point vient en complément de solutions visant à maximiser le cash-flow positif de l’entreprise dans une période où la rentabilité est largement diminuée : aides d’Etats, PGE, reports de charges et de crédits bancaires, …etc.

De manière générale, le calcul du burn rate passe par une connaissance approfondie des flux de trésorerie de votre entreprise. Et pour ce faire, des procédures comme le rapprochement bancaire ainsi que de nombreux outils de suivi de trésorerie vous accompagnent dans la tâche.

Nous vous conseillons plus généralement de ne pas négliger le chiffrage et la connaissance des données comptables de votre entreprise. Au-delà de vous apporter le recul nécessaire à de bonnes décisions stratégiques, c’est aussi un véritable levier et signe de sérieux auprès de vos interlocuteurs (banques, investisseurs).

FAQ

On parle parfois de “Runway”, qu’est-ce que c’est ?

Le Runway est le terme désignant le temps avant lequel votre entreprise aura consommé l’entièreté de sa trésorerie. C’est donc un indicateur qui découle du Burn Rate. Le calcul est simple : Trésorerie disponible / Burn rate (en €/mois) = Runway (en mois).

Quelle est la différence entre le Cash Burn et le BFR ?

Le cash burn est un indicateur qui ne se base que sur les flux de trésorerie négatifs, visant à faire ressortir la consommation de cash d’une entreprise. Le besoin en fond de roulement, lui, calcule le besoin de trésorerie d’une entreprise en prenant en compte le décalage des sorties et des entrées.

Guillaume Robez

Responsable éditorial

Guillaume est le co-fondateur d'independant.io. Sa spécialité ? Décrypter les offres, lire les conditions générales et les grilles tarifaires pour vous dénicher les meilleurs produits et services.