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Activité

Étude sur les freelances et l’impact de la crise Covid

Chez independant.io, même si on ne s’adresse pas qu’aux freelances, on en côtoie beaucoup : 

  • Fabien et moi sommes tous les deux freelances depuis plus de 2 ans, donc nous connaissons de près la vie de freelance, et nous travaillons avec d’autres freelances régulièrement.
  • Entre les groupes Facebook que nous gérons (15 000 membres) et les lecteurs, vous êtes de nombreux freelances à nous lire, et à nous parler quotidiennement.

Quel est le rapport avec une étude sur les freelances ? Et bien après avoir lu plusieurs études dont certaines (très) optimistes, après avoir lu ici et là que demain tout le monde serait freelance, que c’est facile etc, il nous a paru important de donner la parole à notre communauté, qui comme nous ne partage pas forcément cette vision optimiste de l’avenir du freelance suite à cette crise.

Avant de rentrer dans le détail des résultats, soyons quand même clairs sur l’objectif : il n’est pas de contredire les études passées, ou de dire qu’être freelance c’est difficile. Notre but est plutôt de montrer une réalité complexe et les inégalités entre les freelances face à cette crise, et d’appeler à une étude plus globale.

Quelle sont les difficultés des freelances ?

Les clients au coeur des préoccupations

Lorsqu’on pose la question de la “principale difficulté à laquelle vous êtes confronté lors de cette crise en tant que freelance”, 54% des freelances s’inquiètent sur la perte de clients (temporaire ou définitive) ou la difficulté à trouver de nouveaux clients dans ce contexte.

difficultés freelance crise
Quelle est la principale difficulté à laquelle vous êtes confronté lors de cette crise en tant que freelance ?

Ce qui est un avantage à travailler en freelance la plupart du temps (souplesse dans le choix de ses clients, changements fréquents…) se révèle un risque et une difficulté en temps de crise. Dans le cadre de missions souvent temporaires, et encore plus dans les secteurs particulièrement touchés par la crise (événementiel, tourisme…), les missions des freelances peuvent s’arrêter du jour au lendemain.

29% des répondants citent la perte de clients comme leur difficulté principale

Notons quand même que 13% des freelances déclarent ne subir aucune difficulté. Lorsqu’on s’intéresse un peu au statut croisé avec les difficultés principales, pas grand chose à dire, être en portage, en société ou bien en micro-entreprise ne change pas l’ordre des difficultés rencontrées. Aucun statut ne protège de la perte de clients !

Par contre, certains statuts comme les CAE peuvent protéger financièrement (chômage partiel, mécanisme de solidarité).

Et la vie à la maison ?

Équilibre de vie professionnelle et vie personnelle, solitude et organisation du travail totalisent 23% des réponses à cette question. 70% des freelances qui répondent l’un ou l’autre ont plus de 5 ans d’expérience. Si l’inquiétude est moins forte qu’avec la perte de clients et de revenus, les témoignages lorsqu’on demande aux freelances de préciser montrent que quand cette difficulté est rencontrée, elle est très difficile à vivre.

Certains freelances parlent même de “charge mentale” ou de “charge familiale”

Quelques témoignages en vrac :

  • “Je manque de temps pour travailler comme mes jeunes enfants sont à la maison”
  • “Difficile de se concentrer et de gérer l’école à la maison en même temps”
  • “Je vis dans une zone où internet passe mal, les visioconférences sont compliquées”

Et pour l’anecdote, certains y voient en même temps un problème et certains avantages :

  • “J’ai pour habitude de travailler depuis chez moi, le confinement n’a pas changé mon mode de travail sauf sur un point : mon conjoint est à la maison… Et tout est bon pour passer du temps avec lui comme si nous avions un siècle d’absence à rattraper… Quitte à repousser un peu le travail
  • “Maîtresse de CM2 et de CP en même temps que cheffe d’entreprise ce n’est pas simple ! Heureusement,ils savent me servir mon café !”

Quels sont les impacts (estimés) sur le chiffre d’affaire ?

Au premier semestre 2020

Au premier semestre, 44% des freelances envisagent une baisse importante à très importante de leur chiffre d’affaire et 15% ne savent pas encore. 

Quel impact sur votre chiffre d’affaires envisagez-vous au premier semestre 2020 ?
Si l’on regarde par statut, micro-entrepreneurs et freelances en société suivent la même tendance.

En portage, ce sont 52% des freelances qui déclarent une baisse importante à très importante de leur CA (et 16% qui ne savent pas encore).

Qui sont les freelances les moins touchés au premier semestre ?

À ce stade, les secteurs du design, image & son ainsi que la finance et administratif se déclarent les plus touchés par le contexte. 

% des freelances de chaque catégorie déclarant un chiffre d’affaire stable ou en hausse au premier semestre

Les secteurs de la communication, du marketing et de la tech semblent moins touchés, avec environ un tiers des répondants qui déclarent un chiffre d’affaires stable ou en hausse.

Au second semestre 2020

Quant à l’avenir, il est toujours aussi incertain pour les freelances lorsqu’on pose la question de l’impact estimé au second semestre. Ce sont cette fois 26% des freelances qui ne savent pas encore. 

Quel impact sur votre chiffre d’affaires estimez-vous au deuxième semestre 2020 ?

Et ce ne sont plus que 31% qui envisagent une baisse importante à très importante de leur chiffre d’affaire. Est-ce de l’optimisme ou une incapacité à prévoir de quoi l’avenir sera fait ? Peut-être un peu des deux !

Rester freelance ou non ?

Compte tenu de l’impact incertain de la crise sur l’activité, on est en mesure de se demander si tous les freelances veulent rester freelance. Alors on a posé la question ! Cherchez-vous un emploi (CDD, CDI) ?

Ce sont 70% des freelances interrogés qui souhaitent rester freelance.

9% sont déjà freelances et salariés, et parmi les 22% qui cherchent un emploi salarié, la moitié cherchait déjà avant la crise.

Est-ce que les freelances sont satisfaits des aides proposées ?

Au sujet des aides du gouvernement proposées aux freelances, 31% se déclarent satisfaits, 31% satisfait ni insatisfait. 16% n’ont pas conscience de ces aides, tandis que 23% sont ouvertement insatisfaits.

Êtes-vous satisfait des aides mises en place par le gouvernement pour les freelances ?

A notre avis ces chiffres reflètent les inégalités face aux aides mises en place. Certes, l’Etat a débloqué un fonds de Solidarité, permettant d’obtenir une première aide de 1500€. Mais ces aides contiennent de nombreuses conditions, que beaucoup de freelances ne remplissent pas (ou ont du mal à comprendre). Quand à la seconde aide les critères sont encore plus complexes…et il faut déjà avoir bénéficié de la première.

À titre de comparaison, l’Allemagne est un exemple parlant. Avec des aides distribuées sous forme de subventions directes (jusqu’à 9 000€ pour les indépendants et entreprises de moins de 5 salariés), versées en une fois dans conditions beaucoup plus souples, la réponse à cette question aurait été très différente.

Qu’en conclure ?

La situation des freelances (et d’une manière plus générale des indépendants) en France suite à la crise du Covid est contrastée. Certains s’en sortent très bien, tant en terme de prévisions de chiffres d’affaires que de difficultés subies. D’autres au contraire ont vu toutes leurs missions s’arrêter, et envisagent sérieusement un retour au salariat pour limiter la casse.

Il y a rien d’étonnant à cela : freelance n’est ni une profession, ni même un statut. Lorsqu’on interroge des freelances, on s’adresse donc à une audience large, composée de profils aux métiers très différents, qui ont des missions plus ou moins sûres et plus ou moins longues, et une vie personnelle et professionnelle qui varie du tout au tout. En période de crise et de confinement, ces inégalités se sont révélées :

  • Les parents subissent d’autant plus le télétravail
  • Les jeunes freelances surfent plus facilement sur les difficultés
  • Certains secteurs sont plus durement touchés

Cette étude, même si elle a le mérite de montrer quelques inégalités, reste incomplète.  Ce sont 1 million de freelances (et autour de 3 millions d’indépendants au sens de non-salariés) qui doivent affronter la crise sans chômage partiel ni indemnités, et qui n’ont que leur trésorerie et leurs clients actuels pour se battre contre un avenir incertain. Certains sont membres de collectifs, d’autres au contraire seuls. Et il n’y a personne pour les représenter et faire entendre leurs voix à plus grande échelle, même si certaines initiatives (coucou independants.co) tentent de changer la donne.

Merci enfin à tous ceux qui ont relayé l’étude : plateformes freelances, entreprises de portage, partenaires (Shine) ainsi que de nombreux freelances et groupes de freelances.

Qui sont les freelances interrogés ?

Dans le cadre de cette étude, 350 freelances ont été interrogés entre le 25 mai et le 15 juin 2020, parmi lesquels on retrouve :

  • 26% de freelances dans la communication (rédaction web, community management…)
  • 24% de freelances dans la Tech & Data (développement, SI, data analyst…)
  • 17% de freelances  conseil & coaching (formation, coaching, stratégie, bien-être)
  • 15% de freelance dans le Design (UX, webdesign, graphisme, illustration)
  • 7% de freelance dans le marketing (seo, webmarketing, ecommerce)
  • 10% de freelances dans d’autres domaines d’activités (l’administratif, la finance ou encore image & Son)

Du côté des statuts, une majorité de freelances en micro-entreprise :

Statut% des freelances interrogés
Micro-entreprise58%
Société (SASU, EURL…)26%
Portage12%
CAE3%
Artiste1%

Et en ce qui concerne l’expérience, 65% des interrogés ont moins de 3 ans d’expérience en tant que freelance :

Nombre d’années d’expérienceEn tant que freelanceAu total
Moins d’1 an30%10%
1 à 3 ans35%11%
3 à 5 ans17%10%
5 à 10 ans11%18%
Plus de 10 ans7%51%

En plus du domaine d’activité, il nous paraissait important de s’interroger aussi sur les statuts et l’expérience des freelances, afin de comprendre si l’impact varie d’un statut à l’autre et selon l’expérience des freelances.

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Responsable éditorial

Guillaume est le cofondateur d'independant.io. Diplômé d'HEC en marketing digital, il a passé 7 ans chez Google en tant qu'analyste dans les équipes dédiées aux clients du secteur de la finance.

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